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mardi 17 juillet 2012

ARCANA "As Bright As A Thousand Suns" (2012)

Si, sur le papier, Arcana semblait être entré dans une phase de sommeil depuis 2008 et Raspail, la réalité est en fait toute autre. Certes, Peter Bjärgö a mis à profit cette période pour s'exprimer en solo et tout en spleen (A Wave Of Bitterness, The Architecture Of Melancholy), il n'en pas pour autant déserté son principal port d'attache, écrivant avec Annmari Thim et son épouse Cecilia Bjärgö ce qui allait devenir As Bright As A Thousand Suns tout en se produisant sur scène, sans oublier le travail de restauration des enregistrements courant de 1996 à 2002 (The First Era). 

Ceci dit, ce septième album, préparé par le EP Emerald, incarne presque un nouveau départ pour le groupe suédois : nouveau label (Cyclic Law, depuis 2010), un line-up enrichi du talent conjugué de Nuria Luis (violon) et de Sergio Gamez Martinez. Et nouvelle direction artistique ? Non, justement. Les jamais-contents le regretteront (peut-être), arguant qu'Arcana et celui qui lui insuffle son âme, n'évoluent désormais plus vraiment, prisonniers qu'ils sont d'un style, d'une recette dont ils ne cherchent pas à se départir. Bien qu'exagéré, le constat n'est pas sans fondement. La patte Peter Bjärgö reste ainsi reconnaissable entre mille, son écriture et ses arrangements, également. 

Mais quand ces permanences stylistiques sont mises au service d'une musique aussi belle et inspirée, qu'importe au final que As Bright As A Thousand Suns n'innove en rien (ou si peu) par rapport à des oeuvres matricielles telles que Dark Age Of Reason ou Cantar De Procella. Quel plaisir de retrouver Arcana au fil de ces dix nouvelles complaintes. Nous ne reviendrons pas sur la puissance émotionnelle de "As The End Draws Near" que la chronique d'Emerald, où il figurait déjà, a évoqué en détail. Entre pulsations instrumentales ("Inceptus", superbe de bout en bout, que bercent toutefois des choeurs aussi sombres que tragiques, "Infinity" et ses percussions tribales ou" Vinter", froidement funéraire), ce sont de somptueux tableaux qui prennent vie, peint par les envolées néo-classiques de Annmari Thim, que soulignent avec justesse les mélopées de Cecilia Bjärgö, remisant le chant de Peter au second plan ("The Fading Shadow", "As Bright As A Thousand Suns", titre par ailleurs assez proche de ses échappées en solitaire). Mais il y a le déjà cité " As The End Draws Near" qui de toute façon justifie à lui seul l'achat de cet album. 

Classique peut-être, l'opuscule rehausse néanmoins la palette du groupe de nombreux atours (la combinaison des deux voix féminines, des lignes de violon plus riches) et d'un travail éblouissant sur les percussions toujours entre les mains de Matthias Borgh. Pas de révolution donc mais une évolution subtile vers une musique plus lumineuse bien que toujours automnale, sombrement belle et tragique. S'il ne saurait passer pour le chef-d'oeuvre de ses géniteurs, As Bright As A Thousand Suns ne decevra pas les admirateurs, trop heureux de pouvoir goûter (enfin) à nouveau à cet art aussi précieux qu'unique (Childeric Thor).

vendredi 18 mai 2012

ARCANA "Emerald" (2012)

Peter Bjärgö n'est pas seulement un artiste, il est aussi un dieu. C'est pourquoi chacune de ses offrandes est attendue comme une preuve supplémentaire de son caractère divin. Avec Sophia, Karjalan Sissit ou en solo, il électrise les sens à chacune de ses créations. Alors, quand est annoncé le retour - enfin ! - d'Arcana, sans doute le projet qui aura le mieux su imposer son talent, la génuflexion est de mise.

Bien sûr on savait dès le début qu'Emerald ne serait qu'une petite (par la durée) mise en bouche, prélude à l'imminent As Bright As A Thousand Suns, successeur tardif de Raspail, le dernier album du collectif en 2008. Mais tout de même, là où on espérait une bonne demi-heure de musique, ce ne sont que treize (trop) petites minutes qui prennent place.

Toutefois, cette frustration est très vite balayée, le temps que "As The End Draws Near" égrène ses premières secondes, en fait. Ces nappes orchestrales majestueuses que mine une tristesse belle à en pleurer, suffisent déjà à installer un climat onirique teinté de poésie. Et lorsque que le chant profond de Peter Bjärgö survient, d'un sombre romantisme, ce sont tous les poils du corps qui se dressent. En quelques paroles prononcées, le Suédois renvoi dans le ca(ni)veau dont ils n'auraient dû s'extraire, tous les corbeaux gothiques sans imagination ni élégance. Car de l'élégance, il y en a dans ces lignes vocales d'une puissance émotionnelle inouïe.

Si ce joyau figurera au menu de As Bright As A Thousand Suns qu'il annonce sous les meilleures auspices, "A Cage" et "Precious Stone" sont deux perles exclusives que se partagent Annmari Thim et Cecilia Bjärgö, quand bien même Peter voile de sa présence charismatique le premier des deux, lesquelles, plus contemplatives, baignent dans une spiritualité ensorcelante ou plus dramatique. Du pur Arcana tel qu'en lui-même et tel qu'on l'aime.

L'immédiate déception paraît loin tant Emerald, en dépit de sa famélique durée, mérite une acquisition qui, à l'image de ses aînés, devrait être rendu obligatoire comme la carte vitale ! Entre le récent The Architecture Of Melancholy et la réédition de sa collaboration avec son ami Gustaf Hildebrand (Out Of The Darkling Light, Into The Bright Shadow), toujours chez Cyclic Law, l'overdose de Peter Bjärgö nous guette. Il va sans dire que l'on ne s'en plaindra pas (Childeric Thor).

mercredi 8 décembre 2010

ARCANA "The First Era - 1996-2002 (2010)

Saluons tout d’abord l’initiative à l’instigation du label Cyclic law de réunir dans un même coffret l’intégralité des enregistrements publiés par Arcana entre 1996 et 2002. Les jamais contents râleront bien entendu, arguant qu’il n’y a là rien que l’on ne connaisse déjà de la part des Suédois. Evidemment. Mais outre le fait que cette somme est habillée dans une boxset classieuse et que son livret, richement illustré, fourmille d’informations, sachez que tous les titres en présence ont été remastérisés par Peter Bjargö et Frederic Arbour. 

Et puis de toute façon, pouvoir savourer sur quatre disques tous les albums gravés par le groupe ainsi que les morceaux apparaissant uniquement sur les préludes Lisabeth (1997), Isabel (1999) et Body of Sin (2002), n’a pas de prix. Sinon, faut-il encore présenter cette figure tutélaire de la musique Dark atmosphérique et néo-classique ? Pourquoi pas… Cette sortie se prête à l’exercice du résumé, de la synthèse. 

Né en 1994 autour du génial (le mot n’est pas trop fort pour une fois) Peter Bjargö (alors encore Pettersson), Arcana est tout d’abord indissociable du label Cold Meat Industry qui publie son premier essai, Dark Age of Reason, perle sombre recouvert du suaire vocal de Peter ("Like Statues In The Garden Of Dreaming") et emmené par les caresses éthérées de Ide Bengtsson ("Serenit"). Cet opus place immédiatement le duo parmi les meilleures représentants du genre grâce à une plastique instrumentale envoûtante et ténébreuse, qu’il enrichi de touches ambient médiévales ("The Song of Mourning"). 

Après le EP Lisabeth, où figure notamment le dramatique "Eternal Sleep", Cantar De Procella confirme le statut d’Arcana qui continue de façonner son identité d’une beauté crépusculaire inédite. Cette seconde offrande s’inscrit dans un cadre identique tout en affirmant les traits les plus spirituels, les plus méditatifs de ses deux auteurs (le superbe "Cantar de Procella"). Ayant plus d’espace pour s’exprimer, Ida fusionne littéralement tout son corps et toute son âme dans la musique tragiquement belles ("God of the Winds"). 

Précédé d’Isabel, dont on retrouve "Emperor Of The Sun", The Last Embrace peut être considéré comme l’apogée de la collaboration, de la communion créatrice entre Peter et Ida, dont la présence vocale semble pourtant moins fort. Qui plus est, leur palette sonore se voit rehaussée d‘un violoncelle (celui de Marcus Ohlsson) et de chœurs qui contribuent encore davantage à conférer à leur art une dimension quasi liturgique. Bouleversant de bout en bout, on mesure combien cet album a pu influencé un groupe tel que Dark Sanctuary par exemple. 

En 2001, malheureusement, le duo se sépare. La jeune femme est remplacée par Ann-Mari Thim. Un an plus tard voit la nuit le premier fruit de cette nouvelle formation, Inner Pale Sun, d’une profondeur cinématographique. Si le son demeure inchangé, Arcana y paraît plus mature encore. Des pièces telles que "Lovelorn", "Icons", "We Rise Above", enténébrées par la voix profonde de Peter, ne peuvent que vous procurer des frissons presque sexuels. 

Ici s’achève cette première ère dans la carrière des Suédois, dont l’œuvre monumentale devrait aussi être obligatoire que la Carte Vitale ! (Childeric Thor)

samedi 29 janvier 2005

ARCANA "Cantar de Procella" (1997)

Arcana est un groupe suédois orchestrant dans un style ambiant que je qualifierais de néoclassique aux ambiances médiévales prononcées. Après un convaincant premier album signé chez Cold Meat Industry, le duo formé par Peter Pettersson (fondateur du groupe) et la chanteuse Ida Bengtsson revient cette fois avec un album magistral aux ambiances plus lourdes, ou plutôt plus profondes en intensité avec notamment des choeurs féminins tout à fait exceptionnels. En effet, le potentiel lyrique de cette chanteuse est tout à fait remarquable et mettre en avant un tel potentiel relève du bon sens le plus absolu comme en témoignent les chansons "Chant of the awakening" ou "La salva de profundis"

Musicalement on y retrouve des trompettes moyen-âgeuses, des violons analogiques, du clavecin sans oublier des chants éthérés et aériens, véritables compleintes émotionnelles qui ont pour but, et c'est plutôt réussi, de toucher l'âme de l'auditeur. Dans le même ordre d'idée, l'ambiance générale a un côté faussement religieux comme si certaines parties avaient été enregistrées en direct d'un vieux monastère. "The tree within" clôt l'album superbement, avec un côté romanesque, touchant et triste à la fois, d'une beauté quasi irréelle.

Cet album, le premier d'Arcana que j'ai écouté reste pour moi une grande révélation musicale qui ne ferait pas tâche à côté de BO relatives à ces périodes sombres mais envoûtantes de l'histoire. Si vous avez de la chance, vous trouverez cet album dans sa superbe version digipack avec poster. (par Thyl - Noz Pagan).