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samedi 24 mars 2012

MOONSORROW "Varjoina Kuljemme Kuolleiden Maassa " (2011)

On sentait bien qu’avec Hävitetty uniquement composé de deux longues épopées pour près d’une heure de musique, Moonsorrow était en quelque sorte arrivé au bout de quelque chose. Aller au-delà se révélait (presque) impossible. Avec l'EP Tulimyrsky, dont seule la reprise du "For Whom The Bell Tolls" de qui vous savez en justifiait l’achat, les Finlandais ont confirmé qu’ils avaient clairement atteint leur limite, la composition fleuve donnant son nom à la galette s’étirant inutilement durant une demie-heure. Eux-même l’ont-ils ressenti ?

Outre le fait qu’un temps inhabituellement long sépare Varjoina Kuljemme Kuolleiden Maasa de Hävitetty (quatre ans), ce nouvel opus renoue avec une fome de Black Metal moins contemplative et basée sur une architecture certes toujours épique mais (un peu) plus ramassée. En effet, à une exception près, les pistes ne dépassent pas le quart d’heure ce qui est toujours beaucoup mais pour Moonsorrow finalement assez peu.

Ainsi cette sixième offrande se présente sous une allure plus traditionnelle, proche en cela de Verisäkeet, en moins âpre toutefois. Quatre expéditions, balisées par trois courts intermèdes instrumentaux, en constituent la moelle épinière. Sans surprise, Moonsorrow reste fidèle à sa majestueuse identité qui sent bon les fjords et les forêts éternelles.

Malgré des claviers heureusement parcimonieux qui témoignent néanmoins que les Vikings appartiennent bien à la famille Finntroll, la musique conserve toujours une certaine noblesse cependant que les cousins Sorvali, idéalement appuyés par le mercenaire des fûts Marko Tarvonen (October Falls, Thy Serpent...), n’oublient jamais quelle chapelle ils exaltent. Bref, Varjoina… s’enfonce dans la steppe d’un Black Metal d’obédience païenne et grandiose nourri au grand et défunt Bathory époque Hammerheart et Twilight Of The Gods (la meilleure donc).

"Tähdetön", "Muinaiset", "Huuto" et "Kuolleiden Maa" sont de véritables pièces d’orfèvrerie (surtout la dernière d’entre-elles) qui n’offrent leur précieuse intimité qu’après de multiples préliminaires. Bien qu’accessibles en dépit de leur durée que d’aucuns jugeront certainement excessive, il faut du temps pour les apprivoiser et goûter tous leurs trésors enfouis dans leurs replis gelés. Elles galopent à travers de vastes étendues mythologiques souvent vertigineuses toujours glacées, corsetées par la neige et battues par le souffle du Grand Nord.

Moonsorrow livre donc ce qu’il sait faire de mieux, sans prises de risque hormis de légères touches plus progressives durant le titre d'ouverture. Les Finlandais sont les seuls chez eux à parvenir à honorer le vrai paganisme sans sombrer dans le ridicule, bien que celui-ci ne soit parfois évité que d’extrême justesse. L’essentiel est préservé et Moonsorrow reste le Viking triomphant que l'on aime, quand bien même on préférait lorsqu’il braquait son regard vers la Norvège la plus noire comme il l’avait fait avec Verisäkeet (Par Childeric Thor).

samedi 8 décembre 2007

MOONSORROW "V : Hävitetty" (2007)

Bathory est mort. Vive Bathory ! Comment en effet ne pas songer à l’œuvre du regretté Quorton à l’écoute de ce cinquième effort des Finlandais de Moonsorrow ? Un souffle grandiose identique à celui qui habitait le mythique Twilight Of The Gods, semble emporté Hävitetty. 

Ce que beaucoup pressentaient suite à la sortie il y a deux ans de Verisäkeet, album qui incarnait en quelque sorte la naissance d’un nouveau Moonsorrow, moins folk à la finlandaise et plus viking à la norvégienne, éclate désormais au grand jour. Fini les mélodies, certes déjà épiques, mais parfois un trop festives, aujourd’hui le groupe est devenu méchant, même si toujours très mélodique, et mérite amplement sa place au sein de la confrérie black metal. 

Poussant de fait le bouchon encore plus loin que son prédécesseur, que seuls déjà cinq titres architecturaient, Hävitetty (enfer en finlandais) ne se compose que de deux très longues plages pour presque une heure de musique. Les musiciens prennent leur temps donc, mais cette durée, que d’aucuns jugeront sans doute par trop excessive, voire même opportuniste (faire des morceaux le plus longs possible est à la mode), reste le format adéquat pour délivrer le souffle épique propre au viking metal, pour faire rugir le vent du Grand Nord. 

Du haut de ses 30 minutes, le premier pan, tour à tour acoustique, atmosphérique ou vindicatif, s’impose comme un monument du genre, sorte de synthèse des grands Anciens, Bathory, Enslaved, Satyricon et Ulver. Après un pan introductif quasi contemplatif, le titre s’élève peu à peu au fur et à mesure qu’il se fait de plus en plus rageur, porté par des chœurs grandioses et enivrants. Les éléments empruntés au folk façon Finntroll affleurent encore par moment, mais comme ils sont étouffés par la furie et l’ampleur quasi mythologique du pur black metal, ils s’incrustent dans l’ensemble avec discrétion et équilibre. 

Le second morceaux enfonce le clou et démontre que le groupe est décidément passé maître dans l’art de la chevauchée viking, tout en demeurant celui des deux qui reste le plus emprunt des oripeaux du passé (on pense notamment à l’album Kivenkantaja). Il n’est cependant pas avare en accélérations furieuses. Il va sans dire que le casting est à la hauteur de l’entreprise : Ahti Kortelainen derrière la console, mixage aux Finnvox Studios sous la houlette de Mika Jussila, pochette confié à l’incontournable (trop peut-être ?) Travis Smith. 

Si pendant des années, la Finlande faisait office de parent pauvre du black scandinave, la réussite de Moonsorrow (comme celle de Ajattara et de Horna, dans des créneaux bien différents) démontre que le pays aux milles lacs n’a rien à envier à ses voisins nordiques en matière de metal noir. Muni d’un tel missile, on attend les concerts avec une impatience non feinte. (Childeric Thor - Noz Pagan)

mardi 14 juin 2005

MOONSORROW - "Interview (février 2005)"

Si comme moi vous avez été agréablement surpris par le dernier album du groupe "Verisakeet", nul doute que cette interview vous paraîtra la bienvenue. Noz Pagan fait le point avec Ville.

Bonjour Ville! Comment vont les choses avec Moonsorrow ces derniers temps ? Salut ! Les choses vont bien, nous profitons de nos vacances d'été et on se prépare tout doucement pour les festivals à venir.

Avec votre dernier CD "Verisakeet" vous avez gagné le respect partout dans le monde, vous avez reçu des commentaires très positifs des médias et des fans. Comment on se sent après un tel succès?
Je ne sais pas si c'est un si grand succès après tout, on doit quand même relativiser tout ça hein. Enfin, c'était il est vrai asse inattendu de notre part. On savait qu'on était en train de faire du bon travail lors de l'élaboration de cet album mais pour te dire vrai, on se préparait aussi à obtenir un peu plus de critiques négatives. Au lieu de cela nous avons eu beaucoup de commentaires positifs. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des gens mais je suis content si ça leur plaît.

"Verisakeet" comporte certains éléments intéressants mais le plus grand chemin réside au niveau de la production, avec un son plus "brut". Quelles ont été vos motivations ?
Nous avons estimé que nous devions faire quelque chose de différent après "Kivenkantaja". Nous avions atteint la limite de nos capacités, nous avons donc pris un rapide virage à 180 degrés pour un retour aux sources si je puis m'exprimer de cette manière. Tout s'est passé très naturellement (tout le monde était sur la même longueur d'ondes).

En outre, la plupart de vos morceaux sont plus ou moins longs !!! Est-il difficile d'enregistrer et de composer de telles chansons ?
Écrire notre musique est généralement un processus très long, avec beaucoup de différentes idées et d'expériences. Le but du processus est de faire une chanson, pas longue en soi, car certaines personnes nous ont déjà blâmées pour ça, mais il arrive souvent que la chanson devienne longue sans que l'on s'en aperçoive. Nous sommes très méticuleux sur la structure de chaque chanson, et nous n'avons simplement pas l'habitude de composer au format "radio". Ensuite, l'enregistrement est la partie la plus facile, parce qu'on se familiarise très vite avec nos compos. Bien sûr il nous arrive de faire des arrangements live de certaines chansons qui ne peuvent pas être jouées dans leur intégralité sur scène.

Voyez-vous Amorphis comme les pionniers du Pagan Metal en Finlande? Avez-vous écouté ce groupe au fil des ans ?
Oui. Amorphis doit être reconnu comme pionnier de cette soi-disante scène «folk metal» (comme nous le savons tous, ils ont eu de nombreux "suiveurs" peu de temps après "Tales from the Thousand Lakes". Ils ont été une révélation pour moi à l'époque. Ce fut un facteur considérable de mon intérêt pour une telle musique. Leurs vieux albums sont merveilleux, mais ils ont connu une croissance assez ennuyeuse depuis lors .. J'ai laissé tombé après "Elegy". Peut-être que leur nouvel album sera tout autre avec le nouveau chanteur.


Vous avez sorti tous vos enregistrements via Spinefarm Rec. On peut dire que ce sont des leaders dans votre pays ? Avez-vous eu des offres de certains autres labels ?
Spinefarm est sans aucun doute, qu'on le veuille ou non, le plus grand et le plus visible label Metal en Finlande.
Je me souviens bien quand vous avez sorti votre premier album, vous déclariez être profondément influencés par un groupe tel que Bathory. Pourquoi cette influence vous marque-t-elle autant ?
Moonsorrow est et sera toujours influencé par Bathory, je ne vais pas le nier. Évidemment, l'époque des Vikings a fortement influencé la musique de Moonsorrow Mais j'aime aussi les premiers albums de Black Metal, leur influence est bel et bien là. Et si tu veux mon avis, ça reste le meilleur groupe du monde héhé.

Vos paroles ont toujours été écrits dans votre langue maternelle, le finnois. Avez-vous déjà pensé à écrire quelques chansons en anglais ?
En fait, nous avons commencé avec l'anglais (d'où le nom du groupe), mais peu de temps après notre première démo, la langue finlandaise a été une partie intégrante du concept du groupes, et nous n'avons jamais sérieusement songé à chanter en anglais. Il s'agit d'un groupe finlandais après tout ;) !

Corrigez-moi si je me trompe mais tous les albums de Moonsorrow sont également sortis en vinyl. Est-ce un choix personnel ? Comment expliquez-vous le succès des anciens formats (cassettes également !) ?
C'est exact ! Et nous prévoyons également une édition vinyle de "Verisakeet" à paraître à l'automne. Personnellement, j'aime les vinyls et les cassettes, surtout pour des raisons nostalgiques vois-tu. Je ne dirais pas que le son de vinyle est plus "chaleureux" que sur cd ou quelque chose dans le genre, mais ces formats font partie intégrante de la sous-culture Metal. Ca fait partie du mythe.

Les membres du groupe sont et ont été impliqués avec d'autres groupes et projets, Moonsorrow garde-t-il la priorité sur ses projets annexes ?
Chacun a ses propres groupes et projets, mais nous nous concentrons tous uniquement sur Moonsorrow en cas de besoin. C'est seulement une question de priorité. Nous sommes des gens plutôt créatifs (et hyperactifs !) et on a besoin d'avoir l'esprit focalisé sur quelque chose, même lorsque Moonsorrow n'est pas actif.

Henri et vous avez officiellement fondé Moonsorrow en 1995. Aviez-vous jamais imaginé la possibilité d'un tel succès avec Moonsorrow ?
Bien sûr que non. Nous avons fondé le groupe comme un truc entre potes (croyez-moi, nous en avons eu beaucoup d'autres) et je voulais juste jusqu'où nous pouvions aller avec ça. Quand nous avons eu notre premier contrat de disque autour de 1999/2000, nous avions déjà obtenu tout ce que nous avons voulions. Cliché à dire, peut-être, mais tout ce qui s'est passé depuis est à voir comme du bonus.

Quelle est votre position générale sur les concepts de la religion à travers l'histoire de la civilisation humaine ?
Les gens ont besoin de croire en plein de choses, des dieux, des scientifiques, des êtres extraterrestres, eux-mêmes, ou n'importe quoi d'autre. Je ne vais pas blâmer quiconque à ce sujet. Cependant quelque chose ne va pas quand les gens commencent à penser que leur foi est la seule correcte.

A l'heure actuelle, certains groupes n'ont plus envie de se produire sur scène notamment pour des raisons de sécurité. ressentez-vous une pression ?

Je vais à des concerts chaque fois que mes économies le permettent. La musique live est l'essence du rock n 'roll de toute façon, et non, il n'y a pas de place pour la peur sur scène. Il y a des fous partout, et vous pouvez être tué partout de toute façon, même lorsque vous allez faire vos courses.

Lorsque vous avez joué en live à travers l'Europe, vous avez été confronté à des problèmes ? Y a-t-il eu des situations dangereuses pour vous ?
Non, rien de bien grave. Nous avons eu une expérience intéressante en Lituanie quand Henri ne pouvait pas entrer dans le pays à cause de son passeport périmé (on a dû jouer avec un seul guitariste !!!) et j'ai complètement perdu ma voix pendant le trajet en bus.... sans parler de toutes les autres difficultés là-bas. C'était un voyage amusant de toute façon grâce au public lituanien complètement fou !

Outre composer de la musique, quelles sont les autres activités que vous aimez faire pendant votre temps libre ? Vous vivez de votre musique ?
Je fais des petits jobs tout en essayant désespérément de terminer mes études à l'université. J'ai aussi été le rédacteur en chef du magazine de Metal finlandais "Inferno". Pendant mes temps libres, je vais boire un pot avec mes potes. Quant à la musique, elle me donne seulement ce qu'on pourrait appeler de l'argent de poche. Mais de toute façon, ça reste un hobby.

Quel est ton morceau préféré dans ta discographie ? et l'album que tu préfères ?
Question difficile, mais je dirais que ma compo favorite est "Karhunkynsi". Le meilleur album est toujours le plus récent..., et quand ça ne sera plus le cas, il sera temps d'arrêter.

C'est à peu près tout. Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs ?


Nous vous remercions de votre soutien ! Stay Pagan ! (Par Thyl - Noz Pagan)

samedi 8 janvier 2005

MOONSORROW "Verisäkeet" (2005)

Naguère fruits d’une sorte de copulation sauvage entre Finntroll et Bathory, nos fiers troubadours finlandais ont décidé de ne rien faire comme tout le monde. Alors que la plupart des groupes ont tendance à mollir du zizi au fil des années, Moonsorrow a dû subir une cure de Viagra tant son art s’est durci sur ce quatrième opus. 

Certes, son prédécesseur, le très réussi, Kivenkantaja, portait déjà en lui les germes de la cette mutation, mais il est clair toutefois que le groupe n’a jamais sonné aussi épique, aussi grandiose, quand bien même il a toujours privilégié les longues chevauchées plutôt que les brutales attaques. 

Si le premier titre, "Karhunkynsi", reste encore conforme au style jusqu’alors attaché aux Scandinaves, dès "Haaska", le souffle du Grand Nord digne des meilleurs épopées de Bathory, emporte tout sur son passage. Le folk s’est mué en pur viking metal ; le chant se fait rageur ; les guitares grésillent. Bref, bien que les instruments traditionnels soient toujours de la partie, Verisäkeet fait honneur au black metal païen et majestueux, que les premiers Ulver (dont on ressent l’influence, notamment à travers les chœurs et le chant clair) ont forgé mieux que quiconque. Le groupe se déleste de cinq morceaux pour une durée de 70 minutes. 

Vous aurez donc compris que ce cadre lui permet de se déployer comme le veut le genre. Toujours mélodique, furieux parfois, et en mettant de côté au fond de sa cabane en bois ses atours festifs, Moonsorrow envoûte autant qu’il donne envie d’empoigner son glaive afin de trucider ses ennemis, à l’image du monumental "Jotunheim", qu’introduisent des arpèges beaux comme un chat qui dort, pièce d’anthologie d’un album dont transpire une maturité enfin acquise, et qui s’achève sur une longue plage contemplative et pastorale, conclusion idéale de cette ode à la nature et au paganisme. 

Et le meilleur est à venir… (Childeric Thor - Noz Pagan)


mercredi 8 décembre 2004

MOONSORROW "Kivenkantaja" (2003)

Ne les écoutez pas ; ils ont tort. Qui ça, ils ? Eux, les ayatollahs de la cause black metal, séduits par la tournure plus pagan et épique des dernières offrandes de Moonsorrow, Verisäkeet et Hävitetty en tête, mais ne cultivant qu’un profond dédain pour leurs prédécesseurs. Ces intégristes ont tort donc. Evidemment. 

De fait, troisième album des Finlandais, Kivenkantaja n’a rien de la ridicule épopée digne d’un Finntroll (les deux formations partagent, il vrai, un membre en commun) bourré à l’hydromel et singeant le Quorton de l’âge d’or, mais se veut plutôt une œuvre charnière opérant le lien entre des débuts plus folklorique en effet, et le virage plus black et plus grandiose, dans le bon sens du terme. 

Bien sûr, voir des chevelus posant fièrement dans la neige armés de glaives et de bouclier, avec le marteau de Thor de rigueur, ne peut que faire sourire ; bien sûr, les claviers, au son un peu cheap par moment, prennent encore trop le pas sur les guitares, bien sûr, l’ensemble sonne comme une version édulcorée du dyptique de Bathory, Hammerheart et Twilight Of The Gods. 

Mais avec ses six morceaux, qui n’hésitent parfois pas à franchir la ligne des dix minutes (comme l’éblouissant "Raunioilla", le meilleur du lot), Kivenkantaja séduit par son efficacité, son sens de l’épique incontestable et son caractère entraînant. Il sait envoûter grâce à ses chœurs vikings grandioses, et nous emporter loin d’un quotidien morose. Et même si le polka metal de Finntroll est par instants très proche (sur "Kivenkantaja" notamment), Moonsorrow vaudra toujours mieux que ce dernier car ses racines black metal forment le socle de sa musique et ne sont pas noyées sous des influences folkloriques par ailleurs évidentes. 

Sans être un chef-d’œuvre, cet opus traduit un net de progrès de la part de ses géniteurs et n’a rien à envier, bien qu’il demeure moins extrême (et moins réussi, il faut l’admettre), à ses trois successeurs, auxquels il prépare le terrain d’une manière plus que convaincante. (Childeric Thor - Noz Pagan)



vendredi 15 octobre 2004

MOONSORROW "Voimasta ja Kunniasta" (2001)

« Voimasta ja Kunniasta » : fantastique deuxième effort d’un groupe qui s’affirme sans ambages comme un exceptionnel héraut du pagan/folk metal. 

Il y a tout là-dedans : des plans folk (souvent restitués à l’accordéon), allègres et festifs, aux fraîches et aériennes mélodies (« Tyven »), comme Finntroll en a le secret (enlève ton masque de troll, Sorvali, on t’a reconnu) ; des envolées symphonico-heavy métalliques d’une majesté imparable comme Thyrfing les aime (l’intro de « Sankarihanta ») ; des mélodies à la froide solennité tendant vers un mysticisme que Kampfar ou Falkenbach n’auraient pas renié (le final de « Hüdenpelto »), sans oublier quelques furieuses réminiscences d’un Bathory en culotte de peau de mammouth (période « Blood, Fire, Death », donc). 

Total : une sorte d’extraordinaire pot pourri de ce que le metal scandinave, dans sa bouillonnante acception pagan/folk/viking, sait faire de mieux. Avec, naturellement, cette immense aptitude à créer une musique merveilleusement onirique qui pourrait servir avec bonheur de BO à une œuvre d’heroic fantasy pagano-médiévale – la meilleure preuve en étant le thème de « Sankaritarina », ô combien tolkienien. 

Les guitares préfèrent le plus souvent lancer de lumineuses mélodies vers le ciel plutôt que d’écraser des rythmiques de plomb dans la neige. La batterie se fend, à mon goût, d’une prestation quasi sans faute. Le clavier est parfaitement employé, de même que les parties chorales, qui viennent, à point nommé et sans excès d’emphase, accroître l’ampleur déjà énorme de la musique. Le son est impeccablement propre et clair. Les compos sont longues, admirablement construites, pratiquement dépourvues de déchet – même si, personnellement, quelques rares riffs (de transition notamment) peuvent s’avérer à la limite du superflu. Meilleur exemple : « Aurinko ja Kuu ». La dynamique est bonne, tranquille comme baptiste ; le thème principal, énoncé en intro à l’accordéon sur un léger canevas de guitare acoustique, se voit ensuite repris et relancé, puis sublimé par un plan heavy grandiose, et enfin couronné d’un chœur fabuleux qui constitue le grandiose point d’orgue du morceau,... avant qu’une brusque cavalcade heavy à la limite de l’incongru ne vienne prolonger l’histoire sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. (Une bien jolie cavalcade, certes, mais qui à l’arrivée n’apporte pas grand-chose à l’affaire.) 

Bref : trêve de chipotages ; cet album est une merveille d’une incomparable richesse mélodique, et les prochains épisodes des aventures discographiques de Moonsorrow ne feront que confirmer l’hallucinant talent du sieur Henri Sorvali (qui, il faut le mentionner, a tout composé sur cet album). (Par Alex)