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dimanche 4 mars 2012

LOREENA McKENNITT "Parallel Dreams" (1989)

Après deux albums plutôt intimistes musicalement (surtout le deuxième), Parallel Dreams se présente comme le premier album dont l'orchestration se veut "massive", bien que l'univers, la sensibilité, et la densité d'Elemental soient toujours présents. En fait, ce troisième opus forme avec le suivant, une sorte de diptyque à travers lequel Loreena McKENNiTT garde une certaine préférence pour le folk celtique, mais commence aussi d'affirmer une volonté de se diriger vers d'autres horizons. 

"Samain Night" est un des plus beaux exemples qui confirme la règle. Le son froid d'Elemental est toujours bien présent (nous ne sommes qu'à la fin des années 80), apportant une touche hivernale à l'esprit harpe celtique + nappe de synthés lui toujours aussi fort. Sans oublier bien sûr la voix d'or de Loreena. A tout cela vient cependant s'ajouter une autre coloration loin d'être déplaisante : la guitare électrique de Brian Hughes, qui a eu l'excellente idée de terminer le motif de son arpège par un accord "coulé" réalisé en grattant les cordes près du chevalet de l'instrument. Une très chic idée qui vient renforcer la densité de l'ensemble, et c'est valable sur pas mal d'autres titres de l'album, pour la présence de cet instrument j'entends. Des chansons à la durée plus ou moins étirée comme on peut le remarquer, ce qui justifie le petit nombre de morceaux. Parallel Dreams est donc aussi l'occasion pour Loreena de s'aventurer sur d'autres terrains musicaux, même si les titres concernés restent très mâtinés de musique celtique. Sur "Breaking the Silence", on peut entendre, entre autres le tamboura de George Koller. En matière d'import hindou, notons aussi les tablas sur "Standing Stones", avec aussi des percussions multiples. Mais le titre le plus marquant dans cet enrichissement reste le seul (quasi-)instrumental du disque, "Huron 'Beltane' Fire Dance". Il est introduit par un long passage mi-tribal mi-lyrique où l'on peut entendre la voix de Loreena avec un effet démultiplié. Puis le reste du morceau est dominé par les percussions "world" et un motif mélodique au violon qui s'ancre dans la tête pour ne plus en sortir. A la fois simple et magistral, c'est l'une des pièces les plus importantes du disque.  

Certains amateurs de Loreena n'accrocheront pas au virage qui sera pris par la Reine, mais il faut dire aussi que l'utilisation de ces instruments venus d'ailleurs reste "minime" sur ce disque, comparé à ceux qui seront publiés après le suivant. Et il ne faut pas perdre de vue que d'autres chansons parmi celles de Parallel Dreams viennent pour le moins joliment confirmer cette volonté de rester avant tout proche de l'univers exclusivement folk celtique des débuts. "Moon Cradle" et "Dickens' Dublin (the Palace)" en font partie, surtout la deuxième avec ce refrain si profond, si optimiste ("maybe I can find a place I can call my own..."). Mais les deux plus importants restent "Breaking the Silence" et "Annachie Gordon". Ce dernier représente un point commun de choix avec l'album qui suivra, car c'est une des plus belles ballades du folk irlandais étirée sur plus de huit minutes, avec la douceur de la harpe celtique, du fredonnement de Loreena et toute l'ambiance requise pour une telle chanson : nappe envoûtante, projection sur les étendues vertes de l'île d'Avalon par un temps gris et venteux... A l'image de la pochette quoi. Quant à "Breaking the Silence", ce titre est particulièrement important dans l'oeuvre de Loreena, car écrit en hommage à Amnesty International. On y retrouve une mélodie proche de celle de "Samain Night", ainsi que là encore tous les éléments qui font principalement la beauté de Parallel Dreams. Notons la présence de la crème des musiciens "celtiques" du Canada : Oliver Schroer, David Woodhead...

Ceux-ci confèrent à ce disque une densité multipliée par trois par rapport à celle d'Elemental et de To Drive the Cold winter Away réunis, ce qui n'est pas un moindre détail. L'univers est globalement féérique et ainsi plus que séduisant et tout comme son petit frère le plus proche, Parallel Dreams représente une transition idéale vers des oeuvres futures qui joueront beaucoup plus sur une sorte de melting-pot d'influences. Mais ce troisième disque a aussi de quoi se défendre pour obtenir facilement la première place parmi les albums de Loreena McKENNITT... Seulement n'allons pas trop vite en besogne, tout est loin d'être terminé. Wait and see. (par Marco Stivell, sources : Forces Parallèles)



dimanche 12 février 2012

LOREENA McKENNITT "To drive the cold winter away" (1987)

Parfois la sobriété musicale peut atteindre au sublime. C’est le cas ici, avec To Drive the Cold Winter Away, second album de l’artiste canadienne ouverte au folk celtique. 

Comme son titre le suggère, cet album s’articule autour du thème de l’hiver, de Noël et essaie de retranscrire la magie un peu enfantine que peut véhiculer cette période, bercée d’ambiances ouatées, religieuses, de rêves de neige et de cheminées chaleureuses, d’un temps d’une convivialité oubliée. 

Loreena McKennitt, en artiste itinérante, s’est rendue dans différents lieux à l’acoustique délicieuse, comme l’abbaye de Glenstal en Irlande, The Church Of Our Lady de Guelph en Ontario, au Canada, ou encore au Tyrone Guthrie Centre d’Annaghmakerrig en Irlande pour enregistrer cet album, composé dans sa majeure partie de morceaux traditionnels. Les arrangements sont minimalistes : une harpe, un accordéon très en retrait, parfois une flûte ou une viole, quelques fugaces percussions. Le reste, le point central, la clé de voûte, la pierre d’achoppement, si je puis dire, c’est la voix magnifique, claire, modulée et lyrique de Loreena McKennitt, qui se pare, dans le léger jeu d’écho offert par les lieux de l’enregistrement, d’une douceur et d’une beauté incomparable. On pourra se sentir transporté en un lieu idéal rappelant peut-être les hivers de notre enfance, en une sorte d’anamnèse ou de réminiscence proustienne, mais au-delà, il y a aussi une sorte de charme moyenâgeux, au bon sens du terme, d’enchantement intemporel, qui se tisse dans cette alchimie entre économie d’arrangements, d’instruments traditionnels, et la voix évocatrice de Loreena. Poésie et beauté se distillent dans l’atmosphère. 

Que dire d’autre ? On appréciera d’entrée de jeu le morceau In Praise of Christmas, qui nous plonge d’emblée dans l’ambiance veloutée, scintillante, de l’album, introduit par les quelques accords d’un accordéon, avant que la harpe ne prenne la suite et tisse sa toile mélodique, offerte docilement et humblement au chant de Loreena. On pourra évoquer aussi The King, court morceau chanté en duo et en canon avec Cedric Smith, qui nous invite brièvement à l’époque ancienne des bardes, ménestrels et autres trouvères. Ou encore, apogée du fastueux dénuement, Balulalow ou Let All That Are To Mirth Inclined, chantés a capella, dans le silence presque sonore, car tellement dense et pieux, de l’Abbaye de Glenstal (on entend d’ailleurs la cloche qui résonne au lointain sur Let All). On notera pour finir la présence de deux instrumentaux paisibles, Banquet Hall et The Stockford Carol. Le reste sera dans la même idée, placé sous la protection débonnaire de cette sobriété éclatante. 

Certains albums laissent sans voix, touchés simplement par la grâce, limpides comme une eau pure jaillie soudainement d’une source de montagne, n’offrant comme possibilité à l’auditeur que le plaisir élémentaire d’écouter et de savourer la beauté de la mélodie la plus lumineuse. To Drive the Cold Winter Away est de ceux-là. (par Mr AMEFORGEE, source : Forces Parallèles)

LOREENA McKENNITT "Elemantal" (1985)

La vague celtique, qu'elle soit rock ou purement folk a pris des proportions tellement énormes depuis le début des années 70 qu'elle a entraîné l'émergence de certains pays autres que l'Irlande et comportant un patrimoine riche dans cette branche musicale. Le meilleur exemple en est sans doute la Bretagne, région de France qui a même mis en place un festival interceltique à Lorient, conviant des artistes de tous ces pays à venir jouer les uns après les autres, ou ensemble devant un parterre de vrais amoureux de cette musique. 

En dehors des principaux "états" qui restent la Bretagne, la Cornouailles, le Pays de Galles, l'Ecosse, l'Île de Man, l'Irlande, ainsi que plus récemment la Galice et les Asturies, d'autres régions des continents occidentaux se réclament d'une âme celtique, mais peu d'artistes arrivent à se forger une réputation à échelle mondiale. L'artiste sans doute le plus reconnu est une femme, Loreena McKENNITT, d'origine irlandaise mais vivant... au Canada. Beaucoup de natifs de l'île verte se sont comme on le sait exportés vers l'Amérique, pensant y trouver de meilleures conditions de vie. Loreena la fée rousse a, selon ses propres dires, commencé à s'intéresser à la musique celtique aux alentours de 1978. La légende raconte que c'est l'album Renaissance de la Harpe Celtique d'Alan Stivell (eh oui !) qui lui a donné l'envie de se mettre à ce fabuleux instrument... 

Toujours est-il qu'en 1985, soit plusieurs années plus tard, et après avoir acquis de plus grandes connaissances dans le domaine celtique suite à des voyages réguliers en Angleterre et Irlande, elle publie ce premier album entièrement consacré à cette grande musique, enregistré dans une grange transformée en studio, en pleine campagne. Elle raconte d'ailleurs son plaisir à avoir travaillé dans cet endroit, le contact avec la nature...  

Elemental est l'exemple même du titre bien choisi pour qualifier une oeuvre "retour aux sources", car l'album est consacré à la musique irlandaise. Le programme se veut alléchant, avec quelques grands classiques déjà popularisés (ou plutôt repopularisés) par d'autres groupes, comme "Carrickfergus" ou "She Moved Through the Fair". Tous sont des morceaux traditionnels, chantés ou pas, à l'exception de "Lullaby" qui est une composition de Loreena sur un texte de William Blake. A l'origine écrit pour une représentation théâtrale d'une oeuvre de ce même auteur, ce morceau, malgré un air très joli qui n'est pas sans rappeler le "Spered Hollvedel" de... Alan Stivell, présente la seule idée réellement contestable de l'album, celle de la récitation de ce texte de Blake par un homme sur bruits d'orage, et de manière parfois scandée. L'intérêt artistique y est car cela fait malgré tout son effet, mais ce qui gêne c'est le rapport au reste de ce disque paisible, pas des plus réussis. Pour le reste, Elemental est tout à fait représentatif du potentiel de la jeune chanteuse, tant sur le plan adaptation que sur le plan interprète et instrumentiste. Toutefois, ses choix ne sont pas toujours des plus faciles à accepter. Au niveau du chant par exemple, il n'y a rien à redire, la voix de (mezzo ?) soprano de Loreena est fabuleuse, créant une fusion de celtique et de lyrique (celrique ? lytique ? moi je dis les deux sont bons !). En revanche pourquoi donc ne chante t-elle pas plus sur "Carrighfergus" ? La voix de Cedric Smith est agréable, mais bon... Mystère. On remarquera que tout comme Douglas Campbell sur "Lullaby", il roule les "r". Et côté arrangements, là aussi le problème est infime, ça ne tient pas à grand-chose, mais ça concerne aussi l'absence sous une certaine forme. Pour "Carrighfergus", c'est la voix de Loreena, même si on ne peut pas parler d'absence totale. Pour "She Moved Through the Fair", ce sont les instruments. La belle voix de la chanteuse sur cette sublime chanson n'est accompagnée que de chants d'oiseaux, d'un petit son percussif lointain faisant penser à une cloche, et d'une note au synthétiseur. Tout cela est reposant, mais forcément ça déroute quand on est habitué à des versions instrumentées de très grande qualité comme celle de, allez je vous le donne en mille... Alan Stivell (!!!), qui reste ma préférée. 

A part cela, il sera peu sage de chercher à trouver d'autres points négatifs à ce Elemental. L'orchestration est certes minime, gérée surtout par la chanteuse, mais ça fonctionne du tonnerre (non non, pas celui de "Lullaby"). "Kellswater" et "Blacksmith", tout deux splendides, nous offrent un peu d'accordéon joyeux par-dessus les notes de harpe, mais ce sont surtout les "The Lark in the Clear Air" - ah ce violoncelle -, le magnifique "Stolen Child" et "Come By the Hills" (sur lequel Loreena s'accompagne même à la guitare acoustique !) qui brillent par leurs arrangements de harpe couplée avec les nappes et effets de synthétiseur, très efficaces. Tout ce que votre serviteur aime. La production est légèrement froide, ce qui n'étonne guère au vu de l'année de publication de ce disque, mais ça reste dû - et non pas à cause de - notamment aux sons de synthé. Cela suffit à créer une ambiance particulière, un peu à l'instar de la pochette, comme cherchant à destiner cet album pour les longues journées ou soirées d'hiver...

C'est comme cela qu'il convient de voir Elemental (et au moins les deux disques qui suivront), en plus d'un excellent premier album. Quelque part, le peu d'intervenants autres que Loreena n'aide qu'à faire ressortir plus facilement le talent de cette dernière, ce qu'il sera là par contre difficile de contester. Elemental est aussi l'un des rares disques purement celtiques de Loreena, placés en début de carrière. A découvrir au moins pour cela... (par Marco Stivell, source :
Forces Parallèles)