S'il existe un disque de Bathory qui n’est pas apprécié à sa juste valeur c’est bien « blood on ice », pourtant magnifique album conceptuel de Viking Metal, le style inventé par Quorthon dès le non moins fameux « blood fire death ».
Le disque, enregistré à l’époque de « Hammerheart » a pourtant failli ne pas voir le jour, comme l’explique Quorthon dans le livret très fourni : il devait sortir en double lp mais le coût était trop élevé, de même pour le format cd à l’ époque, et ce n’est que sept ans après que le projet a été ressorti des cartons et retravaillé en 95 pour notre plus grand bonheur. Le livret raconte d’ailleurs d’autres anecdotes que je me dois de mentionner : par exemple la description, très humoristique, du Heavenshore Studio, où Bathory a enregistré ses premiers disques et qui n’est rien d’autre qu’un garage minuscule à Stockholm ! Ou bien encore le fait que Quorthon redoutait lorsqu’il enregistrait qu’une voiture ou un avion passent tellement l’insonorisation était mauvaise, bref on en apprend des belles !
Ces anecdotes évoquées, revenons à nos moutons (ou chèvres, c’est plus métal sombre) et intéressons nous au contenu de « Blood on ice ». Album conceptuel comme je l’évoquais, inspiré à la fois de la mythologie scandinave et germanique (Sigurd), mais aussi de la série des Conan. La précision sur cet intérêt qu’a eu Quorthon pour la culture de ses lointains ancêtres n’est pas anodine, en effet c’est par réaction à ce qu’il avait pu faire dans les premiers album avec le côté sataniste, qui n’était rien d’autre pour lui qu’une mauvaise contestation du christianisme, vu que le diable en est tiré ! Mettre en avant les vieux thèmes scandinaves lui apparaissait alors plus cohérent. Le disque raconte l’histoire d’un jeune garçon, qui voit sous ses yeux son village être détruit par une bête dantesque, et qui va grandir et devenir suffisamment fort pour pouvoir se venger. Chaque morceau nous décrit ainsi les différents chapitres de l’histoire.
L’introduction et le titre « Blood on ice » illustrent ce début tragique avec un viking Metal assez proche de celui de « twilight of the gods », comportant toujours cette batterie et ces riffs puissants, un chant clair et des chœurs (mélancoliques dans le second titre), mais cette fois ci en plus rock et heavy. C’est d’ailleurs ce côté rock qui fait toute la force de cet opus, les morceaux suivants le prouvant avec brio. « Men of iron » fait place pour un petite pause acoustique, contant l’évolution du jeune héros, devenu adulte, avec un chant clair des plus inspirés, puis s’avance un « one eyed old man » des plus savoureux. Là c’est rock, est ça fait un bien fou ! Un titre scindé en deux, avec une longue intervention parlée du dieu à l’œil unique, déclarant au héros sa destinée, c’est à dire venger les siens (on s’en doutait un peu !). Le héros selon les dires d’Odin a besoin pour réussir sa quête d’une épée légendaire, d’un cheval digne d’un Sleipnir et d’arracher son cœur (pour être moins vulnérable). Pour cela trois étapes et trois morceaux, dans une veine mid tempo similaire (mais bien évidemment très agréable !), donnant respectivement les titres « the sword », « the stallion » et « the woodwoman ». Autre opération nécessaire, jeter ses yeux dans un lac afin de ne pas être paralysé par le regard de la bête à éliminer. Ce qui donne le magnifique morceau « the lake » avec des chœurs et un refrain des plus envoûtants. Quant on parle de refrains, « gods of thunder of wind and of rain » n’est pas loin, on a en effet ici le titre le plus accrocheur (et galopant dirais-je !) de l’album, véritable concentré du savoir faire de Bathory ! Après cet épisode ébouriffant, vient une petite instrumentale aux airs nostalgiques dont seul Quorthon a le secret (du type « song to hall up high »), intitulé « the ravens ». Ici deux corbeaux vont se substituer à ses yeux, avant la bataille finale imminente. « The revenge of the blood on ice » termine alors l’album, reprenant quelques parties du second morceau, mais lui donnant une connotation plus épique que mélancolique cette fois. Un véritable souffle d’intensité balaie ce titre comme rarement on peut l’entendre et il faut avouer que pour terminer en beauté l’histoire on ne pouvait pas rêver meilleur dénouement. La fin est équivoque, on se sait pas dans les paroles ni par la musique si le héros survit à l’affrontement mais en tout cas ce ne sera pas le cas de la sale bestiole.
En résumé, « blood on ice » est un très bon album, si tant est que l’on a les ouïes plus ouvertes que son derrière, avec un feeling incroyable, un vrai concept soutenu par des textes, des compositions et des samples très réussis, bref une petite merveille à posséder et écouter, réécouter… Bathory est définitivement un grand nom du Metal et de la musique tout simplement. (par Thyl, Noz Pagan)
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